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INDEX DE L'ESPRIT DES JOURNAUX | ARTICLES DE L'ESPRIT DES JOURNAUX
Épître à M. de Champfort, après la lecture de son Éloge de La Fontaine
Claude-Joseph Dorat
L'ESPRIT DES JOURNAUX, 1775, Tome I, p. 310-11 [Réf. Gedhs : 750127]
Quelque part que soit le bonhomme; Dieu le sait, moi je n'en sais rien;
Je suis sûr qu'il te veut du bien,
Et qu'il sourit, dès qu'on te nomme.
Le voilà ce cher paresseux,
Si négligé pendant sa vie,
Élevant son front radieux Que couronne l'Académie! On sait enfin l'apprécier!
Dans son portrait sa grâce éclate,
Et ta louange délicate,
Rafraîchit encor son laurier.
Tu nous mets dans la confidence
De ses pacifiques humeurs,
Et nous découvre l'alliance
De ses talents avec ses murs.
Très finement tu nous exposes
Le mystère de ses écrits,
Et les fleurs que tu décomposes
Ne perdent point leur coloris. Tu nous peins sa philosophie
Qui fut un instinct précieux, Sa nonchalance bonhomie;
Un sens droit caché sous les jeux,
Une foule de mots heureux Qui font rire jusqu'à l'envie;
Sa piquante naïveté,
Et sa simplesse et sa gaieté,
Et la bêtise du génie.
Du fond des immortels réduits,
À cette heure il te dit peut-être :
Ma foi, je ne croyais pas être
Si grand homme que je le suis. Quoi! là-haut encore on me cite, Moi, très modeste sablier!
Vous venez de m'initier,
Dans le secret de mon mérite.
Si c'est un piège qu'on me tend,
C'est avec plaisir que j'y donne.
Dans ce beau portrait qui m'étonne, L'esprit se montre à chaque instant;
Et je crois, Dieu me le pardonne,
Que les renards n'en ont pas tant. Mais, où va ma muse infidèle Que souvent je suis malgré moi?
Peintre charmant, ce n'est qu'à toi
De faire parler ton modèle.
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