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INDEX DE L'ESPRIT DES JOURNAUX | ARTICLES DE L'ESPRIT DES JOURNAUX
Réponse. À Monsieur de Bonnard
Claude-Joseph Dorat
L'ESPRIT DES JOURNAUX, 1775, Tome VIII, p. 253-54 [Réf. Gedhs : 750834]
De Tivoli le possesseur charmant,
Pour bien louer, te légua ses finesses : Que je les crains, les vers que tu m'adresses!
Ma vanité vient d'y croire un moment.
Mon front ceignait la palme du génie, Que par tes mains le goût venait m'offrir;
De tes chansons savourant l'harmonie,
Je me laissais doucement pervertir. Mas je reviens à ma philosophie;
J'allais rêver : tu m'apprends à jouir.
Le vrai triomphe est dans la modestie,
Et l'amour-propre eût gâté mon plaisir. Va, nous servons sous la même bannière;
Ton compagnon, ton ami, ton égal,
Ainsi que toi, je marche en volontaire.
Briguant tous deux, dans une aimable guerre,
Les prix du cirque, et les profits du bal,
Le grave honneur qui naît d'un madrigal,
Et du plaisir la cocarde légère,
On nous a vus aller, tant bien que mal,
De Gnide au Pinde, et du Pinde à Cythère.
C'est à Ferney qu'est notre Général : En cheveux blancs; professant l'art de plaire,
Il a vieilli sans maître et sans rival.
Franchit qui peut ce roc, où Mnémosine Brave la foudre, à l'ombre du laurier!
Pour nous, jouant sous l'humble coudrier,
Cueillons des fleurs, au bas de la colline :
L'envie alors pourra nous oublier.
Songeons, ami, que les jeux du bel âge Sont emportés sur les ailes des vents;
L'automne est froid, c'est la saison du Sage :
Les fous heureux sont tous dans leur printemps.
Je m'aperçois que le mien déménage,
Et je voudrais saisir, à son passage,
Son dernier myrte, et ses derniers instants. Il s'est enfui, le temps des cinq maîtresses!
Sensible et douce, une me reste encor,
Et mon désir se borne à ses caresses :
Cinq sont un bien : mais une est un trésor.
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