Cette première thématique de recherche développe des problématiques relatives à l’imagerie, aux modes de fonctionnement des images mises en œuvre dans les sociétés antiques, s’interrogeant tant sur la transmission des motifs d’un medium à un autre que sur leurs relations avec les traditions textuelles. Les images sont en effet envisagées comme des mediums majeurs – d’où la notion de langage iconographique – dans la transmission des idées et messages des populations et individus qui les ont conçues et exécutées durant l’Antiquité gréco-romaine. Le « langage iconographique » est ainsi particulièrement étudié à travers la céramique figurée (attique et italiote), les monnaies et pierres gravées, les fresques et la mosaïque, ainsi que les sarcophages à reliefs.

Ces enquêtes iconographiques sont structurées selon trois axes de recherche :

AXE 1 – Les représentations du mythe durant l’Antiquité gréco-romaine
AXE 2 – La transmission des motifs iconographiques et leur réception aux époques successives
AXE 3 – Les relations entre le texte et l’image : de l’ekphrasis à l’exégèse

AXE 1 – LES REPRESENTATIONS DU MYTHE DURANT L’ANTIQUITE GRECO-ROMAINE

Dans l’Antiquité gréco-romaine, la mythologie et les mythes conditionnent dans son ensemble la vie des Anciens : on les retrouve dans la philosophie, la religion, la politique, bref dans tout leur univers quotidien. Il s’agit de récits qui reflètent dans une certaine mesure ces différents domaines. Les variantes d’un même épisode témoignent de l’inventivité des Anciens et de leur besoin de se réapproprier le mythe dans les différents  contextes socio-culturels. Ces légendes sont familières à tous et créent un lien entre ceux qui les partagent : elles peuplent les mémoires, sont racontées de père en fils. Elles sont également un des éléments les plus importants de la culture visuelle des Anciens. Mis en images, ces récits sont déclinés sur tous les supports et dans tous les contextes, avec des intentions et des significations différentes. Ainsi, l’étude des mythes dans  la céramique italiote et sur les sarcophages romains aide à comprendre comment les Anciens se représentaient l’après-vie et, simultanément, comment ils souhaitaient que les vivants se souviennent d’eux. Les grands monuments publics reflètent les aspirations politiques des élites. L’utilisation de figures mythiques illustre la volonté de ces personnages et de leurs familles de se placer sous l’autorité de tel ou tel héros, de s’en prévaloir, en s’inscrivant dans l’histoire mythique des villes ou des populations qu’ils entendent diriger. La dynastie julio-claudienne et la production artistique officielle de cette époque en sont une illustration parfaite. Les représentations mythologiques liées à des contextes cultuels et religieux – la religion est présente dans tous les aspects de la vie d’un homme de l’Antiquité – permettent de mieux cerner la manière dont étaient pensés les dieux et héros et de préciser les modalités de culte que les traditions textuelles ne rapportent pas. Le mythe est également omniprésent dans la sphère privée : les grands propriétaires souhaitent peupler leur quotidien des figures de la mythologique, tantôt pour témoigner de leur culture, tantôt pour s’identifier à ces différents personnages paradigmatiques.

Cet axe de recherche s’attache à cerner et à tenter de résoudre les problématiques que soulèvent de telles images, tant du point de vue de l’iconographie et de l’histoire de l’art que de celui des implications culturelles et sociales qui en découlent. Il s’agit d’étudier un épisode ou une figure de la mythologie à partir d’un ensemble de représentations et/ou de monuments cohérents. Le mythe de Déméter et Perséphone en Italie du Sud fait l’objet d’une telle approche dans la thèse de doctorat de Graham Cuvelier. Il cherche à déterminer la manière dont étaient perçues ces divinités et compris les récits qui leur étaient associés en Grande Grèce. L’étude du matériel archéologique vise à apporter un éclairage nouveau sur les mythes démétriaques et ses figures.

Au sein de ce laboratoire de recherche, la mythologie – et ce qu’elle nous apprend sur les sociétés anciennes – sont interrogés par le biais de l’image et des autres acteurs historiques/culturels avec lesquelles elle interagit.

ÉQUIPE

Thomas MORARD, Richard VEYMIERS & Stéphanie DERWAEL, Graham CUVELIER, Sylvain VANESSE & Charles WASTIAU

BIBLIOGRAPHIE SELECTIVE

En préparation

Thomas MORARD, « La représentation des mythes grecs sur la céramique apulienne (IVe s. av. J.-C.). Modes d’emploi », en préparation in B. Couturaud (éd.), Méthodes d’interprétation de l’image antique : regards croisés, Actes de la journée d’étude (Liège, 2 mai 2017), dans les Presses Universitaires de Liège.

Publiés

Graham CUVELIER, « Demeter’s Arrival at Eleusis on an Apulian Oinochoe kept in Foggia », BABESCH. Annual Papers on Mediterranean Archaeology 92 (2017), pp. 115-138.
http://hdl.handle.net/2268/204472

Graham CUVELIER, « L’enquête sur le fragment apulien Kiev 147 a », Métis 15 (2017), pp. 283-305.
http://hdl.handle.net/2268/204477

Thomas MORARD, Horizontalité et verticalité. Le bandeau humain et le bandeau divin chez le Peintre de Darius, Philipp von Zabern, Mainz am Rhein 2009.
http://hdl.handle.net/2268/74548

Richard VEYMIERS, Hileôs tôi phorounti. Sérapis sur les gemmes et les bijoux antiques, Académie royale de Belgique – Classe des Lettres, Bruxelles 2009.
http://hdl.handle.net/2268/21914

Thomas MORARD, Les Troyens à Métaponte. Etude d’une nouvelle Ilioupersis de la céramique italiote, Philipp von Zabern, Mainz am Rhein 2002.
http://hdl.handle.net/2268/74549

AXE 2 – LA TRANSMISSION DES MOTIFS ICONOGRAPHIQUES ET LEUR RECEPTION AUX EPOQUES SUCCESSIVES

Par motifs iconographique on entend les groupements stéréotypés de plusieurs éléments au sein d’une image, mais aussi les positions, les attitudes et les gestes d’une figure individuelle, les schémas qu’incarnent les personnages, voire les éléments « ornementaux ». Dans le langage iconographique tel que l’ont défini A. Grabar et J.-M. Moret, les motifs jouent un rôle similaire à celui des mots dans le langage écrit ou parlé. On peut citer comme  exemple la « position agenouillée », inventée en Grèce au Ve s. av. J.-C., mais qui perdure, sous diverses formes, jusqu’à l’Antiquité tardive et est réutilisée encore à l’époque moderne par certains peintres comme Gaugain, et qu’on rencontre même dans la BD. Autre exemple :  la dextrarum iunctio. Répandus dans l’ensemble de la production artistique, ces motifs peuvent se limiter à un seul support ou être transmédias. Ils font sens, préconditionnant dans une certaine mesure la compréhension de la scène. A l’instar des mots de la langue, ils évoluent en fonction des périodes, des régions et des sphères culturelles dans lesquels ils sont utilisés. Suivre leur diffusion, détecter leurs différents modèles et déclinaisons n’apportent pas seulement des informations sur ce langage et donc « l’histoire de l’art » mais offre une clé pour appréhender les sociétés du passé qui les ont mis en œuvre. La thèse de Stéphanie Derwael sur les Blattmasken illustre parfaitement ce propos : elle y retrace l’origine, la diffusion d’un motif iconographique précis et tente de mettre en lumière les différentes significations qu’il a pu revêtir au cours du temps. Une attention particulière est également portée aux relations complexes entre schémas, composition, style et chronologie : Charles Wastiau s’y applique dans la re-datation des mosaïques de l’arrière-corps de la Schola du Trajan à Ostie.

En somme, il s’agit ici, « au lieu d’expliquer les faits iconographiques consacrés, de les « démonter » pour observer les mécanismes de création » (A. Grabar).

ÉQUIPE

Thomas MORARD, Richard VEYMIERS & Stéphanie DERWAEL, Thibault GIRARD, Sylvain VANESSE & Charles WASTIAU

BIBLIOGRAPHIE SELECTIVE

En préparation

Stéphanie DERWAEL, La tête végétalisée dans les décors romains. Origine d’un thème ornemental, Turnhout, Brepols, 2021. (= thèse de doctorat)

Publiés

Charles WASTIAU, « Il corpo retrostante della “Schola del Traiano” a Ostia Antica : un bilancio critico », in Atti del XXIII Colloquio dell’Associazione Italiana per lo Studio e la Conservazione del Mosaico (AISCOM), Roma 2018, pp. 321-334.
http://hdl.handle.net/2268/221294

Valentino GASPARINI & Richard VEYMIERS, « Introduction : Agents, Images and Practices », in V. Gasparini & R. Veymiers (éd.), Individuals and Materials in the Greco-Roman Cults of Isis : Agents, Images and Practices, Proceedings of the VIth Conference of Isis Studies (Erfurt, 6-8 mai 2013 et Liège 23-24 septembre 2013), Leiden-Boston 2018, pp. 1-58 et 987-1010.

Stéphanie DERWAEL, « Des Blattmasken dans la Rome carolingienne. Entre remploi et imitation », in Actes du IXe Congrès de l’Association des Cercles francophones d’Histoire et d’Archéologie de Belgique (Liège, 23-26 août 2012), Liège 2017, pp. 479-492.
http://hdl.handle.net/2268/145797

Stéphanie DERWAEL, « Au cœur des débats. La diffusion des têtes végétalisées dans les décors du “IVe style” », in Actes du XIIe Colloque de l’Association Internationale pour l’Etude de la Peinture Murale Antique (AIPMA) (Athènes, 16-20 septembre 2013), Paris 2017, pp. 119-124.
http://hdl.handle.net/2268/145801

Stéphanie DERWAEL, « La diffusion des Blattmasken dans le bassin Méditerranéen. Entre tradition et innovation », in M. Ghodhbane (éd.), La diffusion des répertoires décoratifs en Méditerranée antique et médiévale, Actes du IIIe Colloque international de l’Institut Supérieur des Sciences Humaines de Tunis (Tunis, 2-4 décembre 2013), Tunis 2017, pp. 203-229.
http://hdl.handle.net/2268/2010761

Sylvain VANESSE, « Essai sur la transmission et l’évolution d’un motif iconographique antique : la Centauresse », in Th. Morard (éd.), Art et Antiquité, numéro thématique de la revue Art&Fact33 – Université de Liège 2014, pp. 101-114.
http://hdl.handle.net/2268/199255

AXE 3 – LES RELATIONS ENTRE LE TEXTE ET L’IMAGE: DE L’EKPHRASIS A L’EXEGESE

Que l’image et son langage possèdent une autonomie n’est plus à démontrer ; il en va de même pour la tradition écrite. Mais qu’en est-il des rapports qu’entretient l’iconographie avec les textes ? Les relations qui les unissent sont en réalité variées et ont évolué au cours du temps. Aux époques archaïques, les images comme les textes renvoient à des traditions orales. On a donc affaire à une mise en écrit et à une mise en images, qui se développent parallèlement. Ils créent chacun leur traditions, en fonction des contextes socio-culturels et de l’imaginaire collectif. Chaque lieu et chaque époque héritent ensuite de ce bagage, se le réapproprient et développent de nouvelles traditions selon des modalités qui leur sont propres (substrat local, influences extérieures, évolution géopolitique, etc.). C’est à cette époque aussi que d’autres formes de pensées (sémitiques, judaïques) se répandent de manière plus visible sur le pourtour méditerranéen et que d’autres (christianisme, gnosticisme) apparaissent. D’où l’émergence de nouvelles manières d’envisager les rapports aux images et aux textes.

Notre objectif est d’observer et d’analyser les rapports qu’entretiennent les images et les textes, mais aussi de saisir leur évolution tout au long de l’Antiquité gréco-romaine. Pour appréhender ces problématiques nous retiendrons comme thèmes privilégiés l’Ekphrasis et l’imagerie paléochrétienne. Les Ekphraseis sont des descriptions littéraires d’œuvres d’art dans lesquelles il n’est pas toujours aisé de faire la part entre la réalité et la rhétorique : Sylvain Vanesse en a fait l’expérience dans ses travaux sur Lucien de Samosate. Ces descriptions reflètent-elles des traditions iconographiques réelles ou sont-elles l’invention d’érudits ? Dans quelle mesure nous aident-elles à comprendre les relations que les Anciens entretenaient avec leurs œuvres d’art? Comment les percevaient-ils ? Ce qui est sûr, c’est que ces descriptions offrent un point de vue original sur la production artistique, car les Anciens ont peu écrit sur ce sujet. Les rapports entre les textes chrétiens (de la Bible aux textes patristiques) et la première imagerie chrétienne soulèvent aussi d’épineuses questions. A commencer par l’existence même d’un art figuratif reflétant les aspirations et les idées propres à une religion qui condamne de nombreuses formes de représentations. Autre constatation : compte tenu de l’autorité du Livre et des dogmes, on attendrait une rigoureuse conformité aux textes, voire une approche strictement « illustrative » des images. Force est cependant de constater qu’au contraire les imagiers de l’Antiquité tardive ont créé un outillage visuel original, apte à propager les nouvelles idées et susceptible de répondre aux aspirations des fidèles. Mais c’est un langage iconographique qui se démarque des textes, car il participe étroitement de la tradition figurative gréco-romaine. Profondément influencé par les évènements historiques et les débats théologiques, ce langage a, tout au long de l’Antiquité tardive, conservé sa force créatrice, à l’instar de la traditionnelle imagerie gréco-romaine.

Au sein de ce laboratoire de recherche où textes et images s’entremêlent, nous mettrons l’accent systématiquement sur le caractère autonome de chacun et, par conséquent, sur les caractéristiques qui leurs sont propres. De cette manière, l’image et son langage se laisseront découvrir et ouvriront de nouvelles perspectives pour la connaissance de l’Antiquité.

ÉQUIPE

Thomas MORARD, Richard VEYMIERS & Sébastien AUBRY, Sylvain VANESSE & Charles WASTIAU

BIBLIOGRAPHIE SELECTIVE

Sylvain VANESSE, « Between Street Vendors, Singing Slaves, and Envy », Chronika 6 (2016), pp. 15-25.
http://hdl.handle.net/2268/199257

Thomas MORARD, « La double motivation : l’emprise d’Homère et d’Euripide sur l’imagerie de Grande-Grèce », in S. Estienne, V. Huet, Fr. Lissarrague & Fr. Prost (éd.), FIGVRA XIV – Construire le divin en images, Actes de colloque international (Paris, 30 septembre – 1er octobre 2012), Rennes 2015, pp. 241-268.
http://hdl.handle.net/2268/125950

Thomas MORARD (éd.), Art et Antiquité, numéro thématique de la revue Art&Fact 33 – Université de Liège 2014.
http://hdl.handle.net/2268/201414