Appel à contributions

La revue Signata, Annales des sémiotiques, qui vise à recenser les questions actuellement discutées dans le domaine des sciences du langage et à structurer des axes de recherche sémiotique internationalement reconnus, publiera en 2016 une livraison spéciale sur le thème :

Traduire : signes, textes, pratique

Resp. Jacques Fontanille, Marco Sonzogni, Rovena Troqe

Elle invite les sémioticiens, les traductologues et les chercheurs des disciplines afférentes à contribuer au numéro thématique « Traduire : signes, textes, pratiques »

Argumentaire

Qu’est-ce que la traduction ? La question n’est pas anodine. Est-ce une transposition entre langues et entre cultures ? Une opération entre systèmes de signes et entre systèmes de valeurs ? Le processus de production du texte ou le texte traduit ? Depuis que l’étude de la traduction a retrouvé sa place dans les sciences humaines, plusieurs disciplines se sont penchées sur un sujet qui n’est pas aisé à traiter et ont déterminé des tournants non seulement linguistique, mais également culturel, littéraire, sociologique, médiatique, etc. Toutes ces réflexions ont été bénéfiques dans la mesure où elles procurent quelque substance à un type de pratique particulièrement élusif et composite, et parce qu’elles mettent en exergue la nécessité de considérer la traduction comme une activité plus proprement intersémiotique. Face à des approches traductologiques qui restent aujourd’hui fort hétéroclites, les responsables de ce numéro souhaitent adopter une perspective scientifique qui n’appréhende pas la traduction comme simple pratique linguistique, ou qui focalise seulement sur certaines difficultés de la pratique traductive, mais qui met plutôt l’accent sur une approche qui interroge globalement le sens que la traduction génère, à différents degrés de manifestation. Il s’agit en somme de rechercher et proposer un ou plusieurs plans d’immanence homogènes et pertinents pour une reconstruction et une analyse du sens finalisées à faciliter les stratégies et les choix du traducteur. Ce focus, éminemment sémiotique, permet d’observer et d’élaborer l’objet d’étude à distance et à proximité à la fois. De loin pour en apprécier les formes essentielles – son sens abstrait et virtuel : qu’est-ce que la traduction ? Peut-on en donner une définition générale ? Y a-t-il des valeurs et des qualités qui l’identifient ? Ou doit-on plutôt parler de classes ou d’ensembles de traductions ? Et dans une perspective plus situationnelle : comment la définition de la traduction varie en rapport à des valeurs socio-économiques spécifiques, à des exigences éditoriales ou à des idiosyncrasies qui font surgir le concept de subjectivité et de style. L’élection de la posture épistémologique sémiotique demande au chercheur, qu’il soit sémioticien ou traductologue, une construction de la signification de la traduction selon différents niveaux de pertinence.

Selon la Routledge Encyclopedia of Translation Studies (1998 et 2009) deux « écoles » sémiotiques se sont penchées sur la question de la traduction : la sémiotique structurale et la sémiotique interprétative.

L’approche peircienne a été exceptionnellement productive dans le cadre de la théorie générale de la traduction, déterminant un réel progrès dans la définition de la traduction, vue comme une forme particulière de sémiose ou comme fondant un processus spécifique de la génération du sens. En tant que processus sémiosique, la traduction est un ensemble signifiant qui renvoie à un autre ensemble signifiant, à travers des phases d’enrichissement et de développement progressifs. Cette vision rejoint parfaitement la perspective générative de la traductibilité, qui apparaît comme étant une des propriétés fondamentales des systèmes sémiotiques. La traduction, comme l’indique Greimas, s’intercale entre le jugement existentiel il y a du sens et la possibilité d’en dire quelque chose, autrement dit : parler du sens, c’est à la fois traduire et produire de la signification.

Dans ce mouvement de production, d’augmentation et d’extension des articulations de la signification, peuvent s’insérer des préoccupations plus générales de nature herméneutique. Quand la traduction devient-elle une appropriation, une « domestication » ? Est-elle destinée à être une concrétisation inégale ?

La réflexion sur ces préoccupations devra dépasser les traditionnels lieux communs et le binarisme traditionnel qui accompagnent les théories de la traduction (l’opposition fidélité/infidélité, sourcier/cibliste, transparence/opacité, effacement/visibilité du traducteur, etc.) pour se placer dans une optique plus complexe, graduelle et nuancée, s’intéressant aux questions de la transposition (les traductions intersémiotiques), de la formalisation (les contributions poïétiques, la réécriture, la recréation, les aspects rhétoriques, les contraintes linguistiques, juridiques, sociales, historiques) mais également de la diversité des inflexions culturelles, au-delà d’une vision trop exclusivement occidentale, en s’ouvrant à de nouvelles formes de traduction.

Ce numéro souhaite ainsi contribuer à

1) approfondir la question de la définition du concept de Traduction en tant que configuration sémiotique produisant des effets de sens spécifiques ;
2) examiner les différents types de sémioses qui sont en jeu dans la traduction : sémioses textuelles, pratiques stratégiques, voire de formes de vie et de modes d’existence sociaux ;
3) déterminer une synergie, des interactions et des complémentarités entre les différentes approches traductologiques et sémiotiques pour mieux cerner, et si possible interdéfinir, des concepts clés touchant à la traduction tels que : transfert, texte, medium, contexte, négociation, passion, acteurs et actants de la traduction intralinguistique et intersémiotique ;
4) esquisser une éthique esthétique et une politique de la traduction, à partir de la description des systèmes axiologiques qu’elle implique et qu’elle porte.

Échéancier

Janvier 2015
15 février 2015
15 septembre 2015
Novembre 2015
Janvier 2016
Mars 2016
Avril 2016
2e semestre 2016

Lancement des invitations ciblées
Intention de participation et titre provisoire
Remise des articles
Lecture et rapport des experts
Renvoi éventuel des articles
Retour des articles révisés
Confection et dépôt du manuscrit
Publication

Ce numéro est également couplé avec le Colloque international organisé à l’Université de Genève « L’enjeu du sens traduit » qui a eu lieu le 15-16 décembre 2014.