Artistes, hommes de lettres et secrétaires ducaux à la cour de Côme Ier de Médicis (1537-1554)

Antonio GEREMICCA, projet postdoctoral BeIPD-COFUND-IPD, sous la direction de Dominique ALLART et Paola MORENO

Manifestations scientifiques

29-31 octobre 2015

Intrecci virtuosi : Letterati, artisti e accademie nell’Italia Centrale tra Cinque e Seicento: Roma e Firenze

Organisation : Antonio Geremicca
Lieu : Cassino et Rome
Programme

26-27 février 2015

Être homme de “lettres” : secrétaires et politique culturelle au seizième siècle

Organisation : Antonio Geremicca et Hélène Miesse
Lieu : Université de Liège
Programme

3-4 juin 2014

Un artiste florentin de la Renaissance. Francesco Salviati entre modèles littéraires et figuratifs

Organisation : Antonio Geremicca
Lieu : Université de Liège
Programme

Présentation du projet

Dans une lettre envoyée à Cosme de Médicis le 3 janvier 1546 (Gaye 1839-1840, II, p. 347, n. CCXLII), l’Arétin s’en prenait à Pierfrancesco Riccio, le très estimé «segretario particolare» de la cour médicéenne. La source du conflit était un portrait peint par Titien, que l’Arétin avait envoyé en hommage au duc de Florence afin d’obtenir ses faveurs, mais que Riccio s’était empressé de cacher, afin de réduire les chances de rapprochement entre le duc et l’homme de lettres.
Un épisode comme celui-là nous introduit au cœur de la problématique qui sous-tend notre projet: il s’agira de proposer une relecture des entreprises artistiques de Cosme Ier de Médicis, en prenant davantage en compte le rôle que jouèrent à cet égard diverses personnalités qui composaient son entourage. Nous nous concentrerons sur la première phase du gouvernement du duc, entre son intronisation (1537) et le retour à Florence de Giorgio Vasari (1554). Par la suite – et précisément grâce à Vasari – le programme culturel ducal allait reposer sur une organisation cohérente, et traduire une vision unitaire, basée sur l’image de Cosme comme nouvel Auguste. Mais bien avant l’arrivée à la cour de messer Giorgio, le duc avait déjà cherché à affirmer son rôle de protecteur des arts par des expériences multiples et diverses, dont les personnages influents qui gravitaient autour de lui furent souvent les véritables maîtres d’œuvre, chargés d’élaborer les programmes iconographiques et de choisir les exécutants.
Parmi ceux-ci, au premier rang, nous trouvons des artistes comme Giovan Battista di Marco del Tasso et Niccolò Tribolo; des hommes de lettres comme Pierfrancesco Giambullari, Cosimo Bartoli et Benedetto Varchi; enfin, des secrétaires comme Cristofano Rinieri e Pasquino Bertini. Plusieurs études (Cecchi 1998, Firpo 1997, Fragnito 1986) ont souligné ce que suggère parfaitement l’épisode cité plus haut:Riccio, désigné dans les Vies de Vasari comme le bras droit du duc, joua un rôle majeur dans le mécénat artistique de celui-ci, même s’il n’avait pas l’exclusivité pour ce faire, et même s’il ne suivait pas un «programme» bien défini.
Parmi les «fedelissimi» de Cosme et de son épouse Eléonore, il y avait aussi Cristofano Rinieri, un personnage sur lequel la critique ne s’est penchée que très récemment (Trimboli 2008), et qui mériterait assurément d’être étudié avec la plus grande attention. Fort de son rôle de secrétaire ducal, Rinieri favorisa l’ascension de Tribolo et de Salviati, tout en faisant preuve d’un goût raffiné dans la constitution de ses propres collections. Il fut en effet le commanditaire de Tribolo et de Cecchino. À ce dernier, qui avait participé au cycle des Histoires de Joseph pour le Salone dei Dugento (Adelson 1985), il demanda une série de tapisseries illustrant les Histoires de Lucrèce et de Tarquin (Vasari 1568, V, p. 524).
D’une toute autre stature intellectuelle est la figure de Benedetto Varchi, un homme de lettres dont la critique a depuis quelque temps mis en évidence l’intérêt pour les arts (Mendelshon 1982, Quiviger 1987, Barocchi 1998, Collareta 2007). Son Inchiesta sulla maggioranza delle arti (1547) et son oraison sur la mort de Michel-Ange (1564) en sont des témoignages particulièrement remaquables. Varchi cultiva un réseau très dense de relations avec les artistes du temps. À la lumière des études les plus récentes (Varchi 2007; Id. 2008), un ensemble de documents publiés ou inédits – beaucoup de sonnets de Varchi, dédiés à des artistes, restent en attente d’édition – permet de préciser ses liens avec les artistes florentins. Il en ressort qu’il fut pour certains d’entre eux non seulement un ami, mais aussi un commanditaire et un protecteur. Parmi ces artistes, nous retrouvons Bronzino (Geremicca 2013), mais il faudrait aussi explorer les relations de Varchi avec Francesco Salviati et Leone Leoni, non moins riches d’implications, ou encore avec le médailleur Poggini, le brodeur Bachiacca et le tailleur de pierres précieuses Grechetto.
Le parcours de certains artistes pourrait, lui aussi, gagner en clarté à la faveur d’une telle démarche. Il en est ainsi, par exemple, de Salviati, dont l’activité florentine, de 1543 à 1548 (Cecchi 1998, Nova 1998), ne se déroula sous la protection de Riccio qu’à ses débuts. Après 1546, l’année où il se retrouva en conflit avec le secrétaire, l’artiste fut soutenu par d’autres fonctionnaires très proches de Cosme, tels que Lelio Torelli, dont Cecchino fit un portrait aujourd’hui perdu, ou Pasquino Bertini, commanditaire de la Madonna del pappagallo,conservée au Louvre (Vasari 1568, V, p. 525). Les liens de Salviati avec Bronzino, notamment, demandent à être précisés, afin d’expliciter les points de convergence observables entre les deux artistes à cette époque (Janet Cox-Rearick 2005). Dans le cas de Bronzino, par ailleurs, on constate que la protection que lui assurait Riccio ne fit nullement obstacle à sa relation avec Varchi, qui n’avait pourtant pas les faveurs du secrétaire (Geremicca 2013).
On le voit, pour mieux comprendre l’activité artistique de la première phase du règne de Cosme, il est utile de cerner avec précision les amitiés et inimitiés qui se nouaient entre artistes, hommes de lettres et secrétaires ducaux. Une telle enquête impose de réexaminer des documents publiés et d’exhumer des documents inédits conservés à l’Archivio di Stato et à la Bibliothèque nationale de Florence. Plus précisement, les lettres d’artistes publiées par Giovanni Gaetano Bottari (1822-1825) et Johann Gaye (1839-1840), ainsi que les correspondances de Giorgio Vasari (1923-1940) et de Michel-Ange (1963-1985), s’imposent ici comme des sources de toute première importance. Le présent projet entretient donc des liens étroits avec le programme EpistolART actuellement en cours au sein du Département de recherches « Transitions ».

Bibliographie

C. Adelson, The decoration of Palazzo Vecchio in tapestry: the «Joseph» cicle and other precedents for Vasari’s decorative campaigns, in Giorgio Vasari tra decorazione ambientale e storiografia artistica, G.C. Garfagnini éd., Firenze 1985, pp. 145-177; G.G. Bottari, S. Ticozzi, Raccolta di lettere sulla pittura, scultura ed architettura: scritta da’ più celebri personaggi dei secoli 15., 16. e 17., 8 voll., Milano, 1822-1825; M. Buonarroti, Il carteggio diretto, G. Poggi et P. Barocchi éds, 5 voll., Firenze, 1965-1983; A. Cecchi, Il maggiordomo ducale Pierfrancesco Riccio e gli artisti della corte medicea, «Mitteilungen des Kunsthistorischen Institutes in Florenz», XLII, 1998, pp. 115-143; M. Collareta, Varchi e le arti figurative, in Benedetto Varchi (1503-1565), Roma 2007, pp. 173-184; J. Cox-Rearick, Friendly rivals: Bronzino and Salviati at the Medici court, 1543-1548, «Master drawings», XLIII, 2005, 3, pp. 292-315; M. Firpo, Gli affreschi di Pontormo a San Lorenzo: eresia, politica e cultura nella Firenze di Cosimo I, Torino, 1997; Francesco Salviati (1510-1563) o la bella maniera, catalogo della mostra a cura di C. M.Goguel, Milano 1998; G. Fragnito, Un pratese alla corte di Cosimo I. Riflessioni e materiali per un profilo di Pierfrancesco Riccio, «Archivio storico pratese», LXII, 1986, pp. 31-83; G. Gaye, Carteggio inedito d’artisti dei secoli XIV, XV, XVI,3 voll., Firenze, 1839-1840; A. Geremicca, Agnolo Bronzino. «La dotta penna al pennel dotto pari», Roma 2013; L. Mendelsohn, Benedetto Varchi’s “Due lezzioni” and Cinquecento Art Theory, Ann Arbor, 1982.

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