EpistolART. La correspondance, lieu d’émergence de la figure de l’artiste à la Renaissance

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Les activités scientifiques

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Le projet

La Renaissance a vu les artistes invoquer la dimension intellectuelle de leur activité pour obtenir une reconnaissance sociale analogue à celle dont jouissaient, pensaient-ils, les grands maîtres de l’antiquité gréco-romaine. Au fil du temps, ils se sont ainsi arrachés à la condition d’artisans. Ce fut précocement le cas en Italie où, au tournant du XVe et du XVIe siècle, cette évolution a débouché sur l’émergence de véritables «  vedettes », telles que Léonard de Vinci, Raphaël, Michel-Ange ou Titien, affranchis du système corporatif et dominant ce que nous appellerions aujourd’hui la scène artistique.

Sans nier cette réalité, il importe néanmoins de souligner qu’à l’époque, même les artistes les plus en vue devaient faire face à des contraintes terre à terre dans l’exercice de leur activité. Par ailleurs, nombreux étaient ceux qui œuvraient encore très modestement, dans l’anonymat. Les sources écrites révèlent que les tendances générales que l’histoire sociale retient non sans raison dissimulent des situations individuelles extrêmement variées, et parfois très contrastées.

Particulièrement instructives sous cet angle sont les correspondances échangées par les artistes entre eux ou avec des clients, des mécènes, des agents, des marchands, des éditeurs et des graveurs spécialisés dans la reproduction des œuvres. Elles permettent d’appréhender l’évolution du statut de l’artiste à travers des situations concrètes et spécifiques. Certaines lettres nous font entendre directement sa voix, sous des formes très éloignées de ce qui s’exprime dans les textes officiels et programmatiques. Elles révèlent les stratégies qu’il déploie pour construire sa carrière, pour nouer et entretenir ses réseaux sociaux, pour présenter un portrait crédible de lui-même. Les échanges épistolaires témoignent enfin de l’élaboration d’une nouvelle forme de discours sur l’art et sur les artistes, avec sa terminologie propre, ses topoi, ses emprunts au discours rhétorique. Ils fonctionnent comme un « laboratoire intellectuel », où l’auteur teste sur ses correspondants des propositions et des mots qui n’apparaissent pas – ou qui apparaissent plus tardivement – dans les traités et les écrits officiels.

Le célèbre Carteggio inedito d’artisti dei secoli XIV, XV, XVI (éd. Johann Wilhelm Gaye, 3 vol., 1839-1840) sera réexaminé sous cet angle. Ce fonds, riche de 943 lettres, à côté d’autres documents divers, est d’un intérêt extraordinaire pour le propos de l’équipe promotrice du projet. Mais partant du constat qu’il présente des déficiences sous l’angle philologique et qu’il omet nombre de précisions importantes, de nature paléographique et codicologique, le projet EpistolART en proposera une nouvelle édition, palliant ses défauts majeurs, tout en montrant l’importance méthodologique d’un retour à la source. En effet, ce n’est qu’au départ d’un texte sûr, appréhendé dans sa matérialité aussi bien que dans ses contenus, que pourront se déployer des analyses scientifiquement fondées.

La nouvelle édition des lettres correspondra aux critères ecdotiques les plus modernes, conjuguant les possibilités offertes par les nouvelles technologies avec des recherches sur le terrain et l’application des plus récents acquis théoriques de la philologie. Une base de données, qui permettra d’interroger de façon transversale le corpus ainsi réédité et qui aura pour unité la lettre, sera mise à la disposition du public en fin de projet. La recherche interdisciplinaire, dont le corpus informatisé constituera le support principal, pourra donner des résultats probants grâce à des études portant sur des configurations textuelles spécifiques, sur des auteurs singuliers, voire sur des problématiques transversales, et ce sous la forme d’articles, de recherches doctorales et post-doctorales, et d’un volume monographique, prévu en guise de bilan final du projet et d’ouverture de nouvelles perspectives de recherche.

Le caractère fondamentalement interdisciplinaire de « Transitions », le Département de recherches dont sont issues les promotrices du projet, favorisera l’exploitation optimale du matériau riche et vaste envisagé. La compréhension des mots, des concepts et des pratiques artistiques requiert en effet une connaissance profonde et spécifique des conjonctures historiques et des contextes culturels qui les ont produits. EpistolART, par sa nature fédératrice, permettra aux équipes en place de déployer une dynamique de recherche inédite, non seulement à Liège, mais aussi sur le plan international, où les initiatives conjuguant expertise textuelle, historique et « Kunstwissenschaft » restent rares.

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L’équipe

Promotrices : Paola Moreno (porte-parole), Dominique AllartAnnick Delfosse et Laure Fagnart

Post-doctorant : Hélène Miesse (projet : Goro Gheri, secrétaire au service de l’art) et Gianluca Valenti (projet: Langue des artistes à la Renaissance italienne : pratiques langagières dans les correspondances d’artistes à la cour de Cosme Ier de Toscane).

Post-doctorants BeIPD-COFUND-IPD : Antonio Geremicca (projet : Artistes, hommes de lettres et secrétaires ducaux à la cour de Côme Ier de Médicis (1537-1554)) et Alessandro Aresti (projet : La plume et le pinceau. Édition et analyse linguistique de lettres d’artistes italiens au Trecento et au Quattrocento)

Doctorants : Cristiano Amendola (thèse : Facezie, arguzie e dettagli realistici: la dialettica tra stile basso e decus umanista nelle rappresentazioni e nella autorappresentazioni dell’artista nell’Italia quattro- e primocinquecentesca)

Consultante externe : Lucia Aquino

Collaborateurs : Claudia Marconato,  Eva Trizzullo

Informaticien : François Putz

Partenaires externes : Barbara Agosti (Rome, Università « Tor Vergata »), Silvia Ginzburg (Rome, Università « Roma Tre »), Miranda Lewis (Oxford), Emilio Russo (Rome, Università « La Sapienza »).

La base de données

Les partenaires institutionnels

ARCHILET reti epistolari – Archivio delle corrispondenze letterarie italiane di età moderna (secoli XVI-XVII)

EMLO – Early Modern Letters Online

La revue de presse

Julie Luong, « Devenir artiste à la Renaissance, le rôle du Liègeois Dominique Lampson », dans Culture, le magasine culturel de l’Université de Liège, mars 2014 [en ligne].

Julie Luong, « Être artiste à la Renaissance », dans Le 15e jour du mois, 232 (mars 2014) [en ligne].