Colloque international

Université de Liège / 27-29 novembre 2019

ARGUMENTAIRE

Cadavres échoués, rangs d’individus portant un gilet de sauvetage, cortèges de marcheurs épuisés : depuis les débuts de la « crise des migrants », les exilés venant d’Afrique du Nord et du Proche-Orient font l’objet de multiples représentations dans les médias généralistes européens. Bien que diverses, ces représentations engagent pour la plupart le corps du migrant dans un processus d’anonymisation dont la violence sémantique, renforcée encore par la circulation numérique qui favorise le remploi et le détournement, a déjà été relevée par de nombreux auteurs : floutage ou réduction des visages à des mosaïques numériques, réduction de destins individuels à des icônes dépersonnalisées, désindividualisation des exilés dans la masse explicitement ou implicitement assimilée à une horde ou un troupeau menaçant, etc.

Bon nombre de ces représentations qui alimentent depuis quelques années une « imagerie du migrant », ont en commun de réduire le corps de l’exilé social, politique ou climatique à une catégorie générique qui exclut toute possibilité de réflexion sur l’expérience subjective et singulière du corps. À cet égard, ces représentations médiatiques préfigurent le traitement anonymisant et réifiant du migrant dont l’accueil administratif ou la fin tragique (naufrage, maladie, meurtre en contexte esclavagiste) l’expose à une seconde réduction chiffrée qui prendra parfois la forme d’un prélèvement d’ADN, souvent celle d’une exploitation politique des données de surveillance par satellite, toujours enfin celle d’un relevé statistique des flux humains.

Réduit à une abstraction, à un ensemble de pixels, ou à une simple variable numérique, le corps est pourtant la dernière chose que le migrant engage dans son périple, après s’être défait, souvent contraint et forcé, de la plupart de ses biens matériels. Plus précisément, le déficit de corporéité qui caractérise le traitement médiatique et (médico)légal de l’exilé, entre en contradiction totale avec ce qu’il reste toujours de son expérience du monde, à savoir quelques techniques du corps parmi les plus élémentaires : boire, manger, nager, se défendre, attendre, répondre à la douleur, parfois aussi donner naissance à un enfant quel que soit le lieu.

En contrepoint des représentations médiatiques rapidement évoquées ici, des films (documentaires et fictions), des installations et des pièces de théâtre tentent depuis quelques années de mettre un ensemble de parcours migratoires individuels au centre de leur construction narrative. En tant qu’ils relèvent de formes d’expression nécessairement incarnées dans des corps, réels ou imaginaires, présents sur scène ou présentifiés à l’écran, ces productions peuvent remettre le migrant au centre d’une autre représentation. Partant dès lors de l’hypothèse que ces arts sont en mesure de produire un écart par rapport au traitement médiatique ordinaire des migrants, les travaux présentés dans le cadre de ce colloque viseront à identifier et à analyser les récits médiés qui produisent un retour au corps et qui tentent de la sorte d’en communiquer l’expérience aux spectateurs.

En raison de la multiplicité des problématiques et des formats qui seront abordés, le colloque international « Le corps du migrant : récits et représentations » explorera les modalités corporelles de la représentation de l’exilé à partir de différents points de vue et champs disciplinaires. Il rassemblera ainsi des chercheurs issus des champs disciplinaires tels que la philosophie, les études théâtrales et cinématographiques, les sciences sociales, la géographie, les sciences politiques, mais aussi des acteurs de terrain issus de différents champs d’intervention tels que l’assistance sociale, l’aide juridique, la prise en charge médicale ou encore la création théâtrale.

DIRECTION

Grégory Cormann (ULiège), Jeremy Hamers (ULiège).

COMITÉ ORGANISATEUR

Grégory Cormann (ULiège), Damien Darcis (UMONS), Raphaël Gély (UCL), Jeremy Hamers (ULiège), François Provenzano (ULiège).

COMITÉ SCIENTIFIQUE

Laura Aristizabal (ULiège), Nathanaël Harcq (Conservatoire Royal de Liège), Jean Bourgault (Lycée Condorcet, Comité de rédaction des Temps Modernes), Andrea Cavazzini (GRM – Groupe de Recherches Matérialistes), Nancy Delhalle (ULiège), Olivier Dubouclez (ULiège), Antoine Gaudin (Université de Paris 3 – Sorbonne Nouvelle), Marc-Antoine Gavray (ULiège), Maud Hagelstein (F.N.R.S. – ULiège), Antoine Janvier (ULiège), Lison Jousten (ULiège), François Gemenne (ULiège), Eric Lecerf (Université de Paris 8), Alain Loute (Université Catholique de Lille), Marco Martiniello (ULiège), Pierre Ozer (ULiège), Brice Ramakers (TURLg), Dick Tomasovic (ULiège).

ORGANISATIONS PARTENAIRES

NIMIS Groupe, Festival de Liège, Théâtre Universitaire Royal de Liège, Les Grignoux, Librairie « Livre aux trésors », Acteurs de l’ombre, Migrations libres, Point d’appui, La voix des sans-papiers.

SOUTIENS

Service de communication de l’Université de Liège, UR Traverses (MAP, CERTES, Lemme, Contrechamp), F.N.R.S., Cedem, Faculté de Philosophie et Lettres de l’Université de Liège, ARC Genach, Département de Philosophie de l’Université de Liège.

PROGRAMME (Version PDF)

27 novembre 2019
16h-18h LUTTES ET CONTRE-RÉCITS
Spyros FRANGUIADAKIS (U. Lumière Lyon 2) : La part du corps… Certification médicale, requalification des expériences vécues et accès au droit d’asile
Asbl « POINT D’APPUI »
Collectif « MIGRATIONS LIBRES »
Salle des professeurs
20h15 Projection de A Lua Platz, un film de Jérémy GRAVAYAT (97’), en présence du réalisateur Cinéma Le Churchill
28 novembre 2019
10h-12h OCCUPATIONS ET EXPÉRIENCES DE L’ESPACE
Sophie DJIGO (U. Lille) : Politique de la trace et résistances des corps
Asbl « LA VOIX DES SANS-PAPIERS »
NIMIS GROUPE
Salle des professeurs
14h-18h00 CORPS, SCÈNES, ÉCRANS
Jeremy HAMERS (ULiège) : Fantômes à l’écran. Lectures francfortoises de quelques fantasmagories documentaires
Emmanuel BÉHAGUE (U. de Strasbourg) : Visages et corps migrants sur la scène intermédiale
Nancy DELHALLE (ULiège) : Ceci est mon corps… Présence et théâtralité sur les scènes contemporaines
Olivier DUBOUCLEZ (ULiège) : Renverse du regard. À propos du film de Maria Kourkouta et Niki Giannari, Des spectres hantent l’Europe (2016)
Salle des professeurs
20h30 Représentation de Ceux que j’ai rencontrés ne m’ont peut-être pas vu (NIMIS Groupe) Caserne Fonck
29 novembre 2019
10h-13h RÉCITS CRITIQUES
Jean BOURGAULT (Lycée Condorcet, Paris), Françoise BEAUGUION (photographe), Yann MOUTON (Lycée de la Vallée du Cailly, Rouen) : « On apporte ce qu’on a vécu »
Salle des professeurs
14h-16h00 ENQUÊTES CRITIQUES
Jacinthe MAZZOCCHETTI (UCL) : « Le naufrage : on n’en parle pas » De la presque mort et des silences
Martin VANDER ELST (UCL) : Lusinga – Mawda : Spectres (post)coloniaux dans l’Europe nécropole
Représentation de Ceux que j’ai rencontrés ne m’ont peut-être pas vu (NIMIS Groupe – matinée scolaire) Salle des professeurs
Caserne Fonck
16h30-17h30 PRÉSENCES ET EXPÉRIENCES DE L’ATTENTE
Autour de Attendre. Moments suspendus avec des demandeurs d’asile
Coline ZIMMER et Catherine PINEUR (atelier « Des traces et des mots »)
Salle des professeurs
17h30-18h30 DISCUSSION FINALE : PERSPECTIVES THÉORIQUES ET POLITIQUES Salle des Professeurs
20h30 Représentation de Ceux que j’ai rencontrés ne m’ont peut-être pas vu (NIMIS Groupe) Caserne Fonck

AUTRES ACTIVITÉS

Le colloque international « Corps migrants : récits et présences » clôturera un quadrimestre placé sous le signe de la réflexion et de la création sur l’exil social, politique ou climatique. Outre une soirée de lancement de ce quadrimestre en présence des autorités universitaires et de différents représentants de la société civile à la mi-octobre, plusieurs activités de recherche et d’enseignement permettront à différents publics (public extra-universitaire, doctorants, étudiants de deuxième cycle, professionnels de l’enseignement et de l’éducation permanente) de nourrir une réflexion critique au sujet des récits et des représentations générées par ce que la presse généraliste a coutume d’appeler la « crise des migrants » : un cycle  interfacultaire d’octobre à décembre qui comprendra notamment des conférences, des rencontres littéraires et des représentations théâtrales, un atelier de mise en scène coorganisé par le TURLg et le collectif « Acteurs de l’ombre », des workshops réservés aux élèves du secondaire et aux enseignants, etc.