Pierre Burggraff (1803 – 1881)

BurggraffP. Burggraff était né à Toine, dans le Grand-Duché de Luxembourg, au sein d’une famille modeste. Son oncle, l’abbé Valentiny, lui avait enseigné le latin et des éléments de théologie. De lui-même, il apprit le grec, l’histoire et la géographie.
 En 1826, après un bref séjour au Séminaire de Namur, P. Burggraff se présenta au Collège philosophique de Louvain, où il étudia la philosophie, la théologie et la philologie classique, tout en apprenant les premiers rudiments de l’hébreu.
 En 1828, P. Burggraff fut choisi avec d’autres étudiants pour suivre, à l’Université de Bonn, les enseignements de Niebuhr, Schlegel et Freytag, dont il suivit, jusqu’en 1831, les cours d’hébreu et d’arabe avec le plus grand succès. Il revint ensuite à Louvain où il obtint le grade de docteur en philosophie «avec beaucoup de distinction» (nous ne connaissons pas le sujet de sa thèse). Avec l’aide d’une subvention, P. Burggraff alla suivre à Paris les cours d’Antoine-Isaac Silvestre de Sacy, dont il fut l’élève de 1831 à 1834.

Nous avons conservé d’A.-I. Silvestre de Sacy le témoignage de l’estime qu’il avait pour son élève luxembourgeois : «Je certifie que M. P. Burggraff a suivi très assidûment mon cours de langue arabe depuis son arrivée à Paris; que j’ai reconnu en lui une connaissance étendue des principes grammaticaux de cette langue, et que des progrès journaliers attestent qu’en continuant cette étude avec le même zèle et la même assiduité, il ne peut manquer de répondre aux vues de son gouvernement et de contribuer par la suite aux progrès de la littérature orientale.» Quant à P. Burggraff, il conserva toute sa vie une gratitude profondément respectueuse pour son illustre maître. On raconte que (tradition transmise par un isnad ininterrompu), faisant ses cours coiffé d’un vieux chapeau pour ne pas s’enrhumer, il l’enlevait chaque fois qu’il prononçait le nom de Silvestre de Sacy.

C’est en partie grâce aux recommandations flatteuses de A.-I. Silvestre de Sacy qu’il fut nommé, en 1837, professeur extraordinaire à l’Université de Liège. Il fut alors chargé des cours d’hébreu, d’arabe et d’ «introduction à l’étude des langues orientales». Il fut chargé, en outre, d’un cours de linguistique générale et du cours de grec destiné aux étudiants de candidature. 
Il avait entrepris une étude sur le Commentaire du Coran par al-Zamakhsharî. N’ayant pas obtenu la subvention qui lui en aurait permis la publication, P. Burggraff a laissé inédit cet important travail.
 Outre ce précieux manuscrit, P. Burggraff a légué à l’Université de Liège tous les ouvrages d’orientalisme de sa bibliothèque personnelle. 
Si la production scientifique de P. Burggraff demeure modeste, il lui revient d’avoir formé Victor Chauvin, son illustre successeur, et le non moins illustre Edmond Fagnan. Il eut aussi parmi ses disciples l’historien Godefroid Kurth. Il a laissé à tous ceux qui l’ont connu le souvenir d’un professeur doué de dons pédagogiques remarquables, comme l’atteste ce témoignage flatteur de l’un de ses élèves : «C’est avec un sentiment d’admiration que je me rappelle la méthode de mon professeur, M. Burggraff, pour l’enseignement de l’hébreu et de l’arabe. Au bout de trois ou quatre leçons, tous les élèves possédaient les éléments de la langue à tel point qu’ils pouvaient aborder la traduction de la Genèse ou des contes des Mille et Une Nuits avec l’aide de leur dictionnaire. Nous traduisions peu de lignes sans doute, nous étions au début souvent arrêtés, nous faisions des contre-sens, mais nous marchions seuls, et l’on ne nous aidait que dans les pas difficiles. Peu à peu les faits grammaticaux se développaient au fur et à mesure que nous avancions dans nos lectures, ils venaient se grouper autour de nos principes, et d’une manière insensible nous avions appris et la lexicographie et la syntaxe.»
 On peut lire sur sa tombe, au petit cimetière de son village natal, cette épitaphe, composée par lui-même :

Quod tu es, eram ; tu eris quod sum ; fui.

Bibliographie

Principes de grammaire générale, ou exposition raisonnée des éléments du langage, Liège, Dessein, 1863,602 p.
Douzième Surate de l’Alcoran intitulée La Surate de Joseph avec le texte arabe du Commentaire de Mahmoud Zamakhshari, fils d’Omar, traduit en français et accompagné d’observations grammaticales et littéraires, Bruxelles, 1837. (Manuscrit inédit déposé à la Bibliothèque générale de l’Université de Liège).

Sources biographiques et bibliographiques

Liber Memorialis. L’Université de Liège depuis sa fondation, par Alphonse Le Roy, Liège, Imprimerie de J.G. Carmanne, 1869, p. 762-768.
Victor CHAUVIN, P. Burggraff, sa vie et ses travaux, Liège, Imprimerie de Ch. Aug. Desoer, 1884, 23 p.
Liber Memorialis. L’Université de Liège de 1867 à 1935. Notices biographiques, t. I. Faculté de Philosophie et Lettres. Faculté de droit, Liège, Rectorat de l’Université, 1936, p. 198-203 (par Auguste BRICTEUX).
Adrien RIES, « Pierre (Peter) Burggraff (1803-1881). Ein Trottener Bürger als (erster Luxemburger ?) Professor an der Universität Liège », dans De Cliärrwer Kanton, 1990/1, p. 57-58 ; 1990/2, p. 36-40 ; 1990/3, p. 36-41.